Tam’85 – In Aménas – Illizi – Episode 8 - MotoTrail - Tam’85 – In Aménas – Illizi – Episode 8

Tam’85 – In Aménas – Illizi – Episode 8

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Impossible de charger les motos dans les 4×4. Yves et notre collègue en 350XR proposent de rester là, de trouver une solution pour remonter à Tunis et nous attendre au bateau du retour. A l’unanimité nous décidons que ce n’est pas possible, on ne laisse pas des potes comme ça derrière nous.

Après examen approfondit de la panne sur l’Aprilia Jean François trouve une petite ruse en bouchant un conduit et en faisant un tout petit trou à un autre endroit, cela devrait pouvoir fonctionner mais il va falloir s’astreindre à vidanger l’huile de boite tous les soirs et surveiller de très près le niveau d’eau.

En ce qui concerne la XR, le bruit moteur est assez léger et en bon mécanicien concessionnaire Honda Jean François donne son feu vert pour que le petit mono poursuive l’aventure avec nous en étant tout doux sur la poignée de gaz, pas trop bas dans les tours, ni trop haut non plus. Le doc prescrit également une bonne vidange tous les soirs et d’après lui, ça devrait tenir. A ce moment précis, je ne voudrais pas être à la place de son pilote, d’autant plus que la suite du périple n’est que sable et cailloux.

Le soleil est déjà bien au zénith quand nous enfourchons nos motos, il nous reste 240 km avant d’arriver à Illizi, ce sera le juge de paix pour la mécanique. Valéry nous prévient que la route est toute droite pendant 200 km environ et que nous terminerons par de la piste avant d’arriver au terme de cette journée.

En effet la route est longue…… longue, droite….. droite à n’en plus finir. A nouveau je m’amuse à partir roulant à 130 pendant 10 km, puis je m’arrête attendant que mes amis passent (toujours à 80km/h), j’attends encore quelques instants, puis se saute sur ma Ténéré et me tire une bourre pour les rattraper, puis je roule aussi en leur compagnie sur la piste très dure de sable et petits cailloux qui longe la route, j’ai pris confiance en moi et m’autorise de belles pointes de vitesse à 110, waouh c’est trop bon, je me fais des films dans la tête, me remémorant les bourres des Auriol, Neveu et consorts sur les pistes du Paris Dakar.

Petite pause sur la route, petits contrôles des niveaux sur les deux motos malades aux abords de magnifiques dunes ocre qui enserre la route maintenant. Tout va plutôt bien, si ce ne sont les fessiers de Jean François et de Gégé, cela fait quand même presque 2000 km qu’ils sont assis sur leurs tréteaux, les selles de CR étant très typées cross avec un rembourrage fait avec des noyaux de pêches. Pour ma part la selle moelleuse de ma moto associée à un réglage souple des amortisseurs me procure un confort tout à fait acceptable. Ils ont mangé leur pain noir et moi mon pain blanc, mais les choses vont changer.

Fin du bitume, petit briefing avant d’attaquer les 40 km de pistes qu’il nous reste à faire avant d’arriver à Illizi. La piste est bien marquée, impossible de se perdre, chacun va rouler à sa main, rendez vous est donné à la station service à l’entrée de la ville.

Les deux KTM boys sont déjà partis depuis longtemps, le reste de l’équipe s’engage également suivi des 4×4 qui fermeront la piste.

Et là le festival commence, trop frustrés de rouler à 80 km/h depuis le début, debout sur les reposes pieds, les enduristes avec les Honda et l’Aprilia s’en donnent à cœur joie à grands coups de gaz, de dérapages et de sauts de dunettes. Tout débutant que je suis et ne pouvant rouler à leur vitesse, je les vois rapidement s’éloigner. Je m’accroche tant bien que mal à mon guidon et essaie de lever mon cul de la selle, tentant de tourner la poignée un peu plus à chaque fois. J’ai chaud, j’ai soif, ma gorge se dessèche, je transpire…..putain je n’ai pas le choix faut que j’y arrive, j’accélère encore.

D’un seul coup j’aperçois un trou (petit oued), trop tard je suis déjà dedans, la moto plonge, ressort et me gratifie d’un bon coup de raquette, à 80km/h le cul à 80 cm au dessus de la selle et les pattes écartées, je retombe comme par miracle sur la moto qui continue sur sa lancée, mais un second oued apparait déjà, pas eu le temps ni le reflexe de faire quoi que ce soit, et hop rebelote re-coup de raquette, pffffffffffff je suis détruit tout ça s’est passé si vite.

A peine le temps de reprendre mes esprits que le troisième oued me barre la piste, dans la panique, je saute sur les freins et bloque tout. Grossière erreur de débutant, j’arrive dans le fond de l’oued, la fourche en compression maximale, j’entends un grand « Klong » !!!! Quelques instants de silence qui me paraissent une éternité, je fais une galipette par dessus la moto qui s’envole.

L’atterrissage sur la tête est très violent, j’entends craquer mon casque, mon corps. Dans un nuage de poussière je suis groggy, assommé, du sable plein les yeux et dans la bouche, j’ai pris un énorme coup dans le dos et dans les cotes, je n’arrive pas à retrouver mon souffle.

Je me relève doucement, j’ai vraiment très mal dans le haut du dos, mais je n’ai rien de casser si ce n’est la visière de casque.

Les copains ne me voyant pas suivre font demi tour, les 4×4 arrivent également, tout le monde s’occupe de moi, j’enlève mon casque et bois un bon coup, mes mains tremblent et mon moral à pris un coup. Un collègue relève la moto et fais un premier bilan, rien de casser si ce n’est le projecteur longue portée que j’avais rajouté, le guidon est tordu et après deux ou trois coups de kick la moto redémarre, brave bête ma Ténéré, même pas une bosse dans le réservoir !

Mais il faut vite repartir, la fin de la journée approche, la nuit tombe vite et il reste 30 km de pistes à faire. Ces trente km sont un calvaire pour moi, j’ai mal au dos, j’ai du mal à respirer, le guidon est tordu et la piste de sable pour le poireau que je suis m’est très pénible. Je serre les dents, me dis que je n’ai pas d’autres alternatives que d’avancer et me dis aussi que finalement j’ai eu beaucoup de chance de ne pas me casser un membre ou voir pire le cou. Je dois avoir une bonne étoile.

Enfin les premières maisons apparaissent, la station est bien là, les KTM boys ont déjà fait le plein et nous préviennent qu’il n’y a pas d’électricité et qu’il faut pomper à la main.
Nous cherchons un petit coin et installons le bivouac, la soirée sera difficile pour moi, je me couche et tente de trouver une position pour pouvoir m’endormir.

A chaque jour suffit sa peine, demain est un autre jour.

Bonne nuit.


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