Tam’85 – Illizi – Plateau du Fadnoun – Episode 9 - MotoTrail - Tam’85 – Illizi – Plateau du Fadnoun – Episode 9

Tam’85 – Illizi – Plateau du Fadnoun – Episode 9

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Aux premières lueurs du jour, je me réveille, la nuit a été difficile et à chaque mouvement, mon sommeil est entrecoupé par de violentes douleurs dans le haut du dos.

Je m’extirpe tout doucement de mon sac de couchage en faisant bien attention à tous mes gestes. Mon corps et mes muscles sont endoloris et mon moral est au plus bas. Mais je n’ai pas d’autre solution que de continuer le voyage, je n’ai vraiment pas envie de rester seul ici.

Après un petit déjeuner rapide, nous remballons nos affaires, les copains viennent aux nouvelles et me remonte le moral et puis tout doucement la chaleur des rayons du soleil me réchauffent et me font le plus grand bien.

A partir de maintenant et jusqu’à Djanet distant de 440 km il n’y a plus de route, ce sera donc de la piste uniquement. Djanet où nous ferons une pause d’une journée, pour permettre à chacun de se reposer et aussi de faire une petite révision mécanique. Cela nous permettra également de prendre une bonne douche et de laver un peu de linge, car cela doit faire maintenant 4 ou 5 jours que la toilette est plus que sommaire et pour ma part étant parti avec 2 paires de chaussettes, slips et T-shirts, il me tarde de me laver, ma réserve de linge propre étant depuis longtemps épuisée.

Valéry notre G O nous prévient que le passage du plateau du Fadnoun est très dur et cassant, la piste est taillée à coups de Bulldozer au milieu d’une montagne de caillou, voilà qui promet. Puis une fois arrivés au col de Tin Taradjeli la piste et le paysage vont changer pour devenir plus saharien.

Le matériel chargé, je monte sur ma bonne Ténéré, qui démarre au premier coup de kick, mon guidon est de travers et je vais devoir m’astreindre à rouler ainsi jusqu’à Djanet où nous avons prévu d’essayer de le redresser. Nous devons rouler une heure maximum et attendre les 4×4 afin de nous regrouper et repartir, cela me plait bien, je pourrais ainsi me reposer un peu.

Je pars bon dernier, laissant les enduristes partir comme des balles et se faire plaisir.
Le début du parcours est une piste de sable mou, et sans aucune expérience, je sens monter en moi un mélange d’excitation et d’angoisse.

J’ai beaucoup de mal à rouler, ma moto embarque de l’avant et à chaque coup de guidon mon dos me rappelle à l’ordre. Je pédale avec les pieds et mon embrayage commence à donner des signes de fatigue, je suis à l’agonie, complètement stressé et vidé nerveusement, tout se bouscule dans ma tête, mon rêve de désert tourne au cauchemar.

Le rêve ne colle pas du tout à la réalité du terrain. Me voyant ainsi galérer, Valéry s’arrête à mes côtés et me réconforte, me rappelant les techniques pour rouler dans le sable, choses que j’ai lu et relu mille fois chez moi bien au chaud mais que je suis incapable d’appliquer ici.

Je lui demande comment sera la piste tout à l’heure et demain et par la suite, sa réponse est sans équivoque, nous sommes partis pour 2000 km de pistes difficiles. Je dois à tout prix me ressaisir, je dois accélérer, lever mon cul de la selle, serrer les genoux contre le réservoir et tirer sur le guidon, très facile à dire, bien plus difficile à faire.

Je serre les dents, et me résous à appliquer au mieux cette technique. Je pars doucement, c’est un combat permanent dans ma tête, entre la peur et l’action. Je me rends compte assez rapidement qu’effectivement tout cela va beaucoup mieux ainsi. Au bout d’une petite heure, j’ai pigé le truc et je peux rouler plus souplement.

Mais déjà apparait un paysage lunaire composé de cailloux gris noirs, d’énormes rochers aux formes inquiétantes nous entourent.

La piste devient très dure, caillouteuse avec des marches de trente centimètres qu’il faut passer au pas ou sauter quand c’est possible.

La moto saute dans tous les coins, ça tape très fort dans les jantes et dans le gros sabot alu, heureusement les pneus Michelin désert et les chambres à air renforcées tiennent le coup.

A chaque choc je reçois comme une décharge dans le dos, je dois donc apprendre à anticiper au mieux et à rouler le plus souple possible en cela bien aidé par l’excellence des amortisseurs de ma Ténéré, sacré bécane.

Nous croyant seul dans cet univers minéral, nous rencontrons deux gaillards en 504, ils descendent en Afrique noire revendre leurs voitures en faisant le détour par Djanet, ce qui est loin d’être la meilleure solution. A l’arrière des voitures les banquettes ont cédé leurs places à des fûts de 200 litres, c’est leur réserve d’essence.

Nous profiterons de ce moment pour faire une pause casse croute. Le bilan est clair, notre moyenne est de 30 km/h, il ne va pas falloir trainer par ici trop longtemps.

Le temps s’écoule doucement tandis que nous nous battons avec la piste et essayant de préserver nos motos au maximum. Celle-ci devient meilleure, moins cassante et je suis tout surpris de rencontrer dans ce milieu si hostile deux ânes seuls au milieu des cailloux.

Nous apercevons au loin le col que nous devons franchir, le paysage se fait plus large et moins stressant, la piste est belle et nous arrivons sans encombre au somment, profitant pour faire une pause bien mérité et aussi d’attendre les 4×4.

La moto Aprilia de Yves marche à merveille et le gaillard étant excellent pilote se fait plaisir, je ne peux en dire autant, mais je suis bien là et bien décidé à continuer en serrant les dents. Le contraste est saisissant entre lui et moi.

La fin de la journée approche et il est temps de trouver un petit coin pour installer le bivouac, nous n’avons que l’embarras du choix, ce sera cailloux ou cailloux !

C’est l’heure du bilan mécanique. Yves a perdu la béquille de sa moto et doit comme tous les soirs faire une vidange, ainsi qu’une des deux XR350. L’autre XR350 a cassé sa boucle arrière du cadre, pas de problème Jean François se charge de le ressouder grâce au matériel embarqué dans les 4×4.

Miss Ténéré quant à elle a supporté sans broncher ce traitement de choc et son pilote est bien content d’être arrivé jusqu’ici sans trop de problème.

Nous sommes tous crevés, fatigués, le repas est vite avalé et à 19 heures tout pile, plus de son et plus d’image tout le monde dort et c’est parti pour une grande symphonie de ronfleurs sous le ciel étoilé.

Au programme de demain direction Zaouatallaz, visite de gravures rupestres puis Djanet sera au bout de la piste.


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