Tam’85 – Episode N°13 – Tamanrasset – In Ecker – Amguid - MotoTrail - Tam’85 – Episode N°13 – Tamanrasset – In Ecker – Amguid

Tam’85 – Episode N°13 – Tamanrasset – In Ecker – Amguid

Partagez cet article

Ouf !!! Après cette traverse épique, aujourd’hui c’est relâche, tout le monde est arrivé à bon port en siphonnant les dernières gouttes d’essence dans le Land Rover de Michel.

Les deux KTM boys étant arrivés les derniers se permettant de faire un petit détour avant d’arriver, il faut croire que la précédente leçon n’a pas servie.

Le Land de Michel rencontre des problèmes de démarrage depuis deux jours, il va falloir mettre à profit cette journée de récupération et de repos pour tenter de remédier à cela.

Au programme, mécanique, lessive, donner des nouvelles à nos familles, passer au poste de police pour le contrôle de passage.
En effet dans chaque ville nous devons nous faire enregistrer, afin de valider notre arrivée et donner la suite de l’itinéraire. Cela dans le but de déclencher de recherches en cas de non présentation dans le délai prévu.

De mon côté, la lessive sera vite faite, deux slips, deux T-shirts, deux paires de chaussettes, une serviette. Je dois bien reconnaitre que mon kit est un « peu » léger, je pensais pouvoir le laver plus souvent mais mon inexpérience n’a pas pris en compte, le manque d’eau le soir au bivouac, des arrivées tardives et une impossibilité de faire sécher le linge la nuit.

Heureusement un collègue va me dépanner avec un T-shirt tout propre en attendant que le reste sèche.

Petit contrôle de Madame Ténéré qui se porte comme un charme, tension de chaine, nettoyage du filtre à air qui s’encrasse très peu grâce à l’excellente modification faite chez Jacomoto avant mon départ. Quelques centilitres d’huile moteur en appoint, contrôle des rayons > RAS, serrage de la visserie > RAS, j’ai simplement perdu le gros écrou qui serre le T supérieur, il va falloir que j’en trouve un. Il est à noté que jusqu’à présent il n’y a pas eu de crevaisons.

Le petit moteur de la 350 XR, cogne toujours un petit peu à certains régimes mais il faut croire que le remède préconisé par le Doc JF Daffix est efficace, la vidange journalière avec de l’huile locale pourtant de qualité moindre a porté ses fruits, croisons les doigts pour qu’il en soit ainsi jusqu’à Tunis distant de 2100 km environ.

Mais l’équipage qui m’impressionne le plus est le tandem Yves « le véto belge » et sa petite moto Aprilia Tuareg 250, on ne distingue plus de différence de couleur entre l’homme et la moto, ils sont tous les deux dans un état pitoyable mais bien fidèles au poste.

A force de faire des vidanges répétées et de transporter de l’huile dans son sac à dos avec toutes les fuites que cela comporte et la difficulté de se laver, le résultat est impressionnant.
Mais la bonne humeur de Yves et finalement la bonne tenue du petit moteur 2 temps 250 cc nous laisse présager un retour possible. Nous étions loin de penser cela il y a plus de 10 jours maintenant.

Les deux Honda CR500 tournent comme des horloges une fois le bon coup de savate donné,
La Honda XLR et la DR600 se font aussi oubliées, il n’y a que les KTM qui demandent un peu de resserrage de boulons tous les soirs mais la fiabilité est là aussi.

Nous avons tous un peu le cul tanné, aussi malgré la chaleur nous partons à pied à l’autre bout de la ville pour tenter de téléphoner à nos familles et faire viser nos passeports au poste de police.

En ce qui concerne le téléphone cela ne se passe pas mieux qu’à Djanet, communications impossibles à établir ou complètement inaudibles, celui qui recevra un appel en France aura en charge de prévenir les familles des autres, nous avions convenu ainsi.

Puis nous arrivons devant un vieux bâtiment tout défraichis, au dessus d’une porte le panneau « Poste de police » nous indique que nous y sommes.

Nous entrons dans un long couloir et nous nous arrêtons au premier bureau. Un fonctionnaire de police daigne à peine lever la tête, nous prenons nos plus beaux sourires et usons de nos plus belles formules de politesse mais rien n’y fait, il va falloir la jouer fine et rester patient.

L’ambiance est glauque et triste, tout est vieux, sale et le temps semble s’être arrêté il y a bien longtemps, tout comme l’horloge au mur qui ne fait plus tic tac depuis des lustres.

Un vieux bureau en tôle grise, quelques papiers, tampons et un téléphone agrémente cet endroit « charmant ».

D’un coup de menton le policier nous fait signe de regarder derrière nous, au mur sont affichées quelques photos de véhicules abandonnés dans le désert avec des corps sans vie à côté.

C’est sûr que la mise en garde est efficace, en effet bon nombre de voyageurs ont péris sur la piste qui descend à In-Guezzam puis Agadez au Niger.

Valéry notre chef d’expédition lui remet notre itinéraire ainsi que l’ensemble de nos passeports, nous n’avons toujours pas réussis à croiser le regard de ce joyeux drille pour tenter de l’amadouer avec nos sourires un peu forcés.

Soudain il relève la tête, saisi son téléphone, tourne le cadran deux ou trois fois et commence à parler très fort (nous ne comprenons rien !!!) et là stupéfaction, nous entendons son collègue dans le bureau d’à côté lui répondre aussi fort, la porte entre les deux bureaux étant remplacée par une petite armoire métallique.

Le cinéma dure un bon moment, et nous sommes à deux doigts de pouffer de rire tant la situation est burlesque.

La feuille de route est tamponnée et nous sommes invités à nous rendre dans le bureau d’à côté, et là l’histoire se répète à nouveau mais dans l’autre sens, c’est absolument incroyable, c’est à mourir de rire.

Nous faisons bonne figure quand même, ne voulant aucunement heurter la susceptibilité de ces messieurs.

Toujours pas de sourires de la part du gazier, mais les passeports sont tamponnés, nous ne demandons pas nos restes et filons poliment et allégrement.

Le reste de la journée se passe tranquillement, encore un peu de mécanique pour certains, de shopping pour d’autres et u peu de repos aussi avant d’attaquer la remontée.

Michel le pilote du Land essence est un peu inquiet, sa batterie est ok mais c’est un problème de démarreur, il n’a pas réussi à trouver de quoi réparer. La solution consistera à le démarrer à la poussette, à la sangle ou même à la manivelle puisque ce vieux moteur essence le permet.

La nuit a été bonne et réparatrice, mon dos me fait toujours souffrir mais je me suis habitué à cette douleur et je fais très attention à mes mouvements.

Au programme du jour, changement de direction totale, après avoir navigué plein sud au cap 180, puis au cap sud-ouest, nous voilà avec un cap plein nord, ça sent un peu le retour au bercail, mais avant cela il reste encore plus de 2000 km, mes rêves de désert ne sont donc pas finis, je suis donc au top du côté moral.

Nous partons tôt ce matin en direction d’Amguid via In Ecker ou nous devrions faire un complément d’essence si la station est approvisionnée. L’étape fait un peu plus de 500 km et nous serons encore une fois en plein désert, la prudence s’impose et les photos vues au poste de police hier, nous reviennent en mémoire.

Le goudron de la ville s’efface rapidement et je roule sur une belle piste de sable assez porteur, quand tout à coup j’aperçois plus loin une portion de route qui est barrée par quelques gros cailloux. La tentation est trop forte d’emprunter cette portion de route.

Au début tout se passe bien, et le petit gars avec sa XLR 600 me dépasse à fond les ballons, trop content de pouvoir enfin rentrer la cinquième, mais subitement le revêtement légèrement sableux change de couleur, devient tout noir est luisant, je comprends très vite que le goudron est encore « liquide », c’est du vrai verglas, je ralentis très rapidement et redescends sur la piste, mon collègue devant moi n’en fait pas de même et je le vois partir dans une belle glissade et se répandre dans le goudron tout frais.

Le bilan est mitigé, pas de casse et pas de bobos mais lui et sa moto ne sont qu’un tas de goudron noir et malodorant, il ne manquerait que les plumes mais bon l’heure n’est pas à la rigolade. Il lui faudra quelques litres d’essence et quelques mètres de papier toilette pour nettoyer tout ça. Encore un souvenir à raconter me dis-je.

Nous venons de parcourir 170 km et arrivons à In-Ecker, nous nous réjouissons de trouver la station, mais là encore pas d’électricité, nous passerons un bon moment à pomper à la main pour remplir tous les réservoirs et bidons, voulant faire une photo je sors nonchalamment mon appareil quant un autochtone s’approche de moi et me dis que c’est interdit ???? Je ne comprends pas bien mais bon !!!! Je ferai ma photo en cachette hihihi.

La piste reprend ses droits et nous roulons maintenant à bonne allure, mon attention est attiré par une forme au loin, je ralentis et je m’approche doucement, une carcasse de chameau complètement desséchée git ici seule en plein désert, cette vision me rappelle que nous sommes bien peu de choses sur cette terre. Et pour confirmer cela un peu plus loin je tombe sur une carcasse calcinée d’un 4×4 Mercedes qui a perdu ici toutes ses illusions lors d’un Paris-Dakar précédent.

Plus loin nous apercevons de temps en temps, des camions citernes qui roulent à très vive allure en trainant derrière eux d’énormes panaches de fumée, image un peu surréaliste. Un autre camion arrive et s’arrête à nos côtés pendant une petite pause, l’échange est courtois et agréable. Ces chauffeurs sont de vrais cow boys de la piste. Il nous demande des cigarettes et si nous n’avons pas de bouquins de cul !!!! euh…non désolé je n’ai rien pris avec moi sur ce coup là.

Il essaye aussi de nous chiner nos ceintures de reins, disant qu’il souffre du dos dans son camion et d’après lui seul les véhicules Mercedes sont capables de supporter ce traitement. Ils roulent à 120 km/h sur la piste avec une citerne pleine d’essence pendant des centaines de km, leur trajet Hassi-Bel Guebbour – Tamarasset. Pas des Mickeys les mecs….

Nous arrivons en vue du grand erg d’Amguid que nous devons absolument contourner par la droite, en effet de l’autre côté il y a un poste de police, et comme les gaziers ne voient pas grand monde, ils ont pour habitude de prendre les passeports et faire trainer le contrôle histoire d’avoir un peu d’animation et de soutirer aussi quelques denrées et cadeaux.

Décidément il y a du monde dans le coin, enfin histoire de parler, parce que le vieux camion de baroudeurs allemands qui est tanké un peu plus loin, n’a pas eu de visite depuis longtemps, j’essaye d’imaginer le stress, le désarroi et aussi les moments très difficiles qu’ont dû vivre les occupants, j’espère pour eux qu’ils ont pu raconter leurs souvenirs.

Nous devrons nous arrêter un peu plus loin car dans sa chute, la Honda XLR a cassé la patte du pot d’échappement, une petite soudure express de doc Daffix et tout redans l’ordre.


Laisser un commentaire