Tam’85 – Episode 12 – Serouenout – Idèles – Hirafok – Assekrem – Tamanrasset - MotoTrail - Tam’85 – Episode 12 – Serouenout – Idèles – Hirafok – Assekrem – Tamanrasset

Tam’85 – Episode 12 – Serouenout – Idèles – Hirafok – Assekrem – Tamanrasset

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Notre mésaventure d’hier est encore toute fraiche dans nos mémoires ainsi que la nuit pour le moins spartiate et froide brrrrr !!!

Le conseil de guerre se réunit autour du grand chef et personne ne bronche. Nous faisons un état précis de nos réserves de carburant. Nous envisageons également un retour sur Djanet pour refaire les pleins, mais cela n’est pas possible au vu du planning serré du restant de notre parcours, nous venons d’épuiser notre joker temps….hier (sic)

La décision est prise, nous allons reprendre de suite la piste plein ouest jusqu’à Tamanrasset, nous passerons par Serouenout, Idelès, Hirafok, Assekrem avec la visite de l’ermitage du père Foucault puis Tam ou nous ferons une pause d’une journée avant la remontée plein Nord.

En calculant au plus juste, nous devrions peut être arriver au bout sans panne de carburant. Au pire le deuxième Land Rover fonctionne à l’essence, nous pourrons profiter de ses réserves pour alimenter les motos et le Land diesel fera un dépannage si besoin le jour de repos à Tam.

Avant le départ les consignes sont très claires de la part de notre Geo Valéry, nous sommes en plein désert et il n’y aura pas un chat autour de nous dans un rayon de plus de 600 km (message subliminal)

Au bout d’une dizaine de jour nous avions tous cru maitriser la navigation dans le désert, mais toutes les pistes
précédentes étaient très marquées et il était quasi impossible de se perdre, mais hier nous sommes tombés du premier coup dans le piège, il faut que cela nous serve de leçon.
Nous devons suivre la piste principale et toujours rouler à vu des 4×4 qui nous suivent, tout cela n’est pas très réjouissant eu égard à leur vitesse, mais bon….

Le soleil est déjà bien haut dans le ciel et la température doit frôler déjà les 35° quand notre petit groupe se met en route. Le terrain est très plat et rien pour l’instant ne se profile à l’horizon, le sol est dur et porteur.

Les suspensions souples de ma Ténéré font merveille sur ce terrain, associées au moteur plein de couple qui ronronne doucement. Je vide mon esprit de toutes pensées nuisibles et inutiles afin de profiter au maximum de ces moments intenses et rares. Ces moments, je les ai rêvés, désirés tant et tant de fois que je veux les savourer à l’infini. Une certaine extase est en moi et malgré la chaleur ambiante, je ressens malgré tout des frissons, mais ceux-ci sont simplement dus à des accès de bonheur, de joie et de plénitude.

Mais il ne faut pas s’évader trop longtemps et rester vigilant et attentif à la piste, car celle-ci aura vite fait de me ramener à la dure réalité du terrain, me secouant l’échine de temps en temps et réveillant ainsi mes douleurs dorsales toujours présentes.

Les km défilent allégrement, roulant un peu en retrait de mes camarades, je m’aperçois que depuis ce matin nous sommes tous affectés par un comportement bizarre, « Le syndrome de la tête qui tourne ». En effet il ne se passe pas une minute sans que l’un d’entre nous tourne la tête, regarde derrière lui pour voir si nous roulons bien en groupe et surtout si nous apercevons les 4×4. La leçon a été bien apprise et bien retenue, il est hors de question de nous perdre à nouveau.

Les vieux Land rover filent bon train sur la piste, aussi nous pouvons un peu accélérer la cadence. Profitant d’une petite pause, nous croisons aussi un vieux Toyota BJ qui assure le ravitaillement de quelques petits campements aux alentours, c’est aussi une rencontre surprenante d’une maman et de sa petite fille, seules au milieu d’un champ de cailloux.
Nous échangeons quelques sourires, communiquons pas gestes et leur offrons quelques paquets de gâteaux et bouteilles d’eau. Nous ne saurons jamais la raison de leur présence ici.

Quelques km plus loin nous arrivons dans une petite oasis, petite pause miam miam et vite nous reprenons la piste. Cette étape qui s’annonçait longue et difficile, se déroule au mieux. Nous arrivons en toute fin d’après midi au pied de l’Assekrem. Nous sommes légèrement en altitude et dès les rayons du soleil disparus la fraicheur de la nuit se fait sentir.

D’un commun accord nous décidons pour la première fois de monter les tentes, des discussions sympas et quelques peu graveleuses s’en suivent pour savoir qui dormira avec qui, car au bout de 15 jours de désert, nous commençons à nous trouver mignons les uns les autres (plaisanteries n’est ce pas !)

Comme a son habitude, Valéry nous prépare un repas gargantuesque, à la carte ce soir : Une boite de 1 kg de raviolis pour quatre, le tout accompagné de deux rondelles de saucissons chacun, c’est un vrai festin ce soir. En guise de désert deux biscuits en miettes accompagnés d’un excellent thé à la menthe en….sachet !!!

Bon, nous ne sommes pas là non plus pour faire un raid gastronomique, mais un raid de vrais baroudeurs et cela nous l’avons bien compris depuis le début.

Bien fatigués après ces 500 km, nous sombrons dans un profond sommeil ou les rêves de chacun resteront secrets.

Nous avions décidé d’être au sommet de l’Assekrem très tôt le matin afin d’admirer le lever du jour et bien c’est raté, tout le monde traine les pattes. Afin d’économiser notre essence, nous laissons les motos en bas et nous montons tous à bord et sur les 4×4 jusqu’en haut de cette montage mythique.

Arrivés au sommet, le ravissement est total et sublime. Le décor est lunaire, la lumière absolument étrange et fascinante. Je suis assis sur le toit du monde, je recherche un instant de solitude en essayant de m’imprégner de cette atmosphère toute particulière. J’aperçois un peu plus loin l’ermitage du père de Foucault, jeune militaire et dandy parisien qui un jour décida de mener retraite ici et de prôner la parole de Dieu.
Il sera assassiné en 1916 et depuis considéré comme un martyre. En pénétrant par une petite porte très étroite à l’intérieur, je m’aperçois dans quel état de dénuement total devait vivre cet homme.

Nous redescendons assis sur les capots des Land rover, replions le bivouac. Nous vidons les dernières goutes d’essence de manière équitables dans les réservoirs des motos qui en réclament le plus.

Il nous reste 76 km pour atteindre Tamanrasset et repartons sur une piste bien tracée, nous pouvons rouler à notre main, le rendez vous étant fixé à la première station essence à l’entrée de Tam.

Comme à leur habitude, les deux KTM Rotax ne se font pas prier et d’un coup de jarret bien envoyé, démarrent leur grosses gamelles et disparaissent rapidement dans la poussière. Les autres collègues étant peu sûrs de leurs autonomies décident de rouler tranquillement jusqu’à l’arrivée.
Pour ma part, je me sens vraiment bien ce matin, et j’ai bien envie de tordre un peu la poignée de gaz tout en gardant une bonne marge de sécurité quand même.

Tapotant sur mon réservoir, celui-ci résonne et sonne quand même le vide, mais bon, pas le choix et puis en cas de panne il y aura du monde derrière moi. J’enquille la piste à bonne allure, la moto bien serrée entre mes genoux, souple sur les jambes, un œil à 20 mètres et l’autre au loin. Je me surprends même à me faire plaisir avec quelques petits sauts et autres petits dérapages, cette moto est vraiment fantastique et je fais corps avec elle.

Soudain tout commence à vibrer très fort, la moto devient difficilement contrôlable et part à la dérive de chaque côté de la piste, j’ai l’impression d’être sur un marteau piqueur. Je viens de comprendre que je suis sur de la tôle ondulée, par reflexe je ralentis un peu et tout s’empire. Me rappelant mes lectures d’hiver, je sais qu’il me faut accélérer et qu’une fois une certaine vitesse atteinte, le phénomène doit s’atténuer assez fortement.

Plus facile à dire qu’à faire, mais cette fois-ci c’est moi qui décide, je prends ma respiration un bon coup, relâche un peu mes muscles pour assouplir ma position de conduite, accélère franchement en espérant arriver le plus vite possible à la bonne vitesse.

Bon dieu, ça secoue drôlement fort, j’ai l’impression que ma fourche avant se déplace d’avant en arrière d’un bon mètre par rapport à sa position initiale et puis d’un seul coup tout s’estompe, les vibrations s’atténuent, le bruit devient moins violent et la conduite beaucoup plus évidente. C’est bon j’ai le bon rythme de croisière mais la fatigue commence à se faire sentir, heureusement la piste est plus facile et tout redevient normal.

Décidant de faire une pause et d’attendre mes collègues, je tombe sur deux italiens aux guidons de magnifiques BMW Auriol Répliqua, bahhhhhhhh, je bave devant ces bécanes de légende mais bon après tout ma 600 Ténéré bleu est aussi une bécane de légende, elle à aussi écrit quelques belles pages d’aventures africaines avec Serge Bacou et JCO entre autre.

Tamanrasset n’est plus loin maintenant et comme ma bonne Ténéré et aussi une bécane de légende, je décide de me faire ma « spéciale de Tam » il n’y aura qu’un seul participant, ce sera moi et donc un seul vainqueur….moi aussi.

Eh eh trop bon tout ça, un bon coup de kick, deux doigts sur l’embrayage et deux trois pelleté de cailloux après je suis déjà loin. Une piste large et facile se déroule toute seule devant moi, déjà j’aperçois les faubourgs de la ville, je suis seul et je suis aux anges, quand tout à coup….Pet…pet……puis Pet….pet… de nouveau, les tours moteurs tombent, j’accélère un peu rien ne se passe, je débraye, ré-accélère et le moteur s’arrête. Oh zut….trop bête, c’est la panne sèche à deux ou trois km de Tam.

Je sors la béquille, descends de la moto, enlève mon casque et bois un bon coup d’eau. Bon rien d’alarmant je n’ai qu’a attendre que les 4×4 arrivent ou que quelqu’un passe. Je suis zen et décontracté, puis il me vient une idée, un vieux souvenir de mes premières pannes en mob quand j’avais 14 ans. J’ouvre le réservoir, secoue la moto et j’entends un tout petit glouglou, super il reste un tout petit peu d’essence dans le fond.

Je bascule ma moto du côté gauche à toucher le sol, remets mon casque, deux coup de kick à vide, un bon coup de latte et hop….poum poum poum de nouveau.

Je roule tout doux sur un filet de gaz et arrive comme un champion en grand vainqueur de « Ma spéciale Tam’85 » à la station essence. Je suis le seul apparemment à être arrivé, pas de nouvelles des KTM Boys pourtant partis avant moi.

Je fais le plein, 30 litres, jamais mis autant d’un seul coup, j’étais vraiment à sec, et là c’est le bonheur absolu, je m’offre un coca glacé, surement le meilleur coca du monde à ce moment là.

P….la vie est belle et elle vaut vraiment la peine d’être vécue, instants inoubliables.


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