Tam’85 – Djanet – Idèles – Episode 11 - MotoTrail - Tam’85 – Djanet – Idèles – Episode 11

Tam’85 – Djanet – Idèles – Episode 11

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Ce matin au réveil, je suis content, bien dormi mon dos encore un peu douloureux se fait plus discret. Je suis propre (enfin) mes deux T-shirts, slips et paires de chaussettes sont nickel, mon guidon est droit et Miss Ténéré est en pleine forme.

Le moral de toute l’équipe est également au beau fixe, nous avons passé sans encombre le plateau du Fadnoun réputé très cassant et difficile, cela fait une grosse semaine que nous sommes sur les pistes et chacun roule proprement et sans casse, Valéry notre G O est content et rassuré.

Petit briefing matinal avant le départ afin de donner le tempo de la journée et aussi rappeler les consignes de sécurité.

Tamanrasset terme de cette prochaine étape est distante de plus de 700 km, il va falloir jouer serré quant à la consommation, autonomie et réserve de carburant.

Les deux KTM avec leurs réservoirs de 42 litres sont plutôt bien loties, avec les 30 litres de ma Ténéré il ne me manquera pas grand-chose pour aller au bout, la XLR, DR et les deux XR350 sont assez bien pourvues également.
L’inconnu reste la consommation des deux CR500 de Jean François et Gégé ainsi que la petite 250 Tuareg Aprilia de Yves. Le mot d’ordre de Valéry est clair, pas de folie ni de détours inutiles, nous devons suivre la piste au plus près car les capacités d’emport de carburant dans les 4×4 est un peu juste car ils sont déjà lourdement chargés.

Nous croisons aussi des allemands en baroud à bord un petit Unimog, ainsi qu’un magnifique camion MAN vestige de la guerre, les mecs sont super équipés, tables, bancs, barbecue et même frigo avec boissons fraiches, c’est une autre sorte de voyage, mais ils sont sympa et souriants et nous regardent d’un œil amusé.

Valéry nous donne rendez vous dans 90 km à……… la « borne 90 » bien connue des baroudeurs, repère incontournable et indispensable à cette grande traversée saharienne. La piste bien tracée part plein Ouest et elle est balisée tous les 5 ou 10 km par un gros bidon ou autre repère.

A peine ces indications données, fidèles à leur habitude les deux KTM Boys font craquer leurs gromonos et s’élancent plein gaz sur la piste.
Le reste de l’équipe soit 8 motos se met rapidement en route à la poursuite des deux grosses motos blanches. La piste est facile, voir très facile, très plane avec du sable assez dur et des petits cailloux. Il y a une multitude de pistes au départ de Djanet, c’est un vrai labyrinthe, nous voyons au loin le panache de fumée des motos parties précédemment, cela nous sert de repère et nous enquillons la trace en essorant correctement la poignée de droite.

Je suis plutôt en queue de peloton et je vois au loin de gauche à droite étalés sur un km de large tous mes collègues. Cette image est surréaliste et me rappelle les départs en ligne du Paris Dakar dans le Ténéré. Je jubile, je suis aux anges.

Nous roulons ainsi un bon moment, guettant les bidons et autres repères annoncés par Valéry. Je ne vois rien, peut être en ai-je raté un ou deux, trop content de contempler ce paysage et de faire parti de cette histoire. Le moteur de ma Ténéré ronronne doucement et debout sur les reposes pieds, le nez au vent et l’œil aux aguets, je guette et je cherche de manière insistante ces p….de bidons.

Je jette un coup d’œil à mon compteur, nous venons de faire 50 km, à part la XLR et la DR je suis le seul à avoir un compteur kilométrique, les autres motos s’en remettent donc à moi pour le kilométrage.

Je commence à être légèrement inquiet de ne voir aucun des repères prévus. Je rattrape mes collègues, leur fait part de mes doutes quant tout à coup très loin légèrement sur notre gauche au pied d’un massif, nous apercevons deux minuscules petits points blancs trainant derrière eux un beau panache de fumée. Pas de doute il doit s’agir de nos KTM boys qui filent sur la piste.

Et voilà c’est reparti pour un bon coup de moto, mais quelque chose au fond de moi me fait douter, ce n’est absolument pas normal de n’avoir vu aucun bidons. En rattrapant Jean François, je ralentis un peu la cadence, je le trouve soucieux aussi et d’un seul coup, il me lâche « P…. on est mal là », sa remarque me glace le sang.

Nous rattrapons tout le monde et faisons le point, nous avons parcouru 70 km, dans 20 km nous devrions tomber sur cette fameuse borne 90. Nous décidons de rouler tous ensemble pendant 20 km sur cette piste bien marquée. Les km défilent, 88, 89, 90, 91……92 et toujours rien, cette fois-ci c’est sûr nous sommes dans la merde.

Les visages sont tendus et les sourires ont disparus. Puisant dans mes souvenirs de lecture des Dakariens, je propose de retourner au dernier endroit connu, soit 90 km en arrière à Djanet, cette solution ne fait pas l’unanimité.

Je pense que nous sommes partis trop sur notre gauche, nous avons beau regarder la carte Michelin 153, n’ayant pas de boussole, nous sommes comme des cons plantés là, incapables de s’avoir dans quelle direction nous sommes. Ayant la moto avec le plus gros réservoir je propose de partir à 90° sur ma droite pendant 10 km espérant retomber sur la bonne piste.

Je pars donc seul roulant doucement, mon cœur bât fort et ma respiration est courte, je vis là un moment d’une intensité terrible.

Tout autour de moi le désert se fait immense, au bout de 5 km j’aperçois au loin une petite dune, super je vais pouvoir grimper à son sommet et avoir une vue d’ensemble. Je grimpe doucement en prenant garde de ne pas tomber et en arrivant en haut, je ne vois rien d’autre que du sable, le désert et un milliards d’autres petites dunes de différentes hauteurs.

D’un seul coup l’immensité du désert m’apparait vraiment, il fait chaud, j’ai la gorge sèche, j’ai soif mais je dois continuer encore pendant 5 km terme de mon exploration.

A chaque fois je monte sur une butte le paysage derrière est semblable à celui d’avant, c’est un éternel recommencement et tout tourbillonne dans mon esprit.

J’arrive aux 10 km prévu et toujours rien à l’horizon, j’arrête mon moteur, sort ma petite plaque d’alu de ma poche que je mets sous la béquille et je grimpe à pieds en haut d’une dune plus importante que je n’ose gravir en moto.

Arrivé en haut j’enlève mon casque, je scrute l’horizon tout autour de moi, j’ouvre bien grand mes oreilles, je ne vois rien, n’entends rien si ce n’est mon souffle court et saccadé. J’ai peur, je suis seul pour l’instant et nous sommes perdus.

Je retourne vers ma moto, enfile mon casque et d’un seul coup je me fais un mauvais trip, j’espère que celle-ci va démarrer, contact, point mort haut bien calé, un bon coup de savate et hop le moteur ronronne de nouveau, c’est incroyable comme ce bruit mécanique en plein milieu de ce désert silencieux me réconforte, je l’aime ma moto c’est sûr.

Bon il ne faut pas trainer là non plus à gamberger sur le sens de la vie. Je n’ai qu’à suivre mes traces pour retrouver mes collègues, j’entame un demi-tour très large afin de ne pas tomber dans ce sable assez meuble et de nouveau un coup de stress, je n’arrive pas à voir d’où je suis venu. Je pose les pieds au sol, descends de la moto et fais demi-tour sur place pour être sûr de ne pas me perdre,

La trouille serait elle bonne conseillère. Toujours est-il que cette fois-ci je suis dans la bonne direction, les 10 km sont vite avalés et je retrouve mes amis.

Le constat est simple et s’impose de lui-même, nous devons refaire les 90 km et retourner à Djanet et il est déjà 15h00 et bien sûr nous n’avons rien à manger.

Tous ensembles nous remontons doucement la piste, tout le monde reste groupé et la tension est palpable, il ne faut pas trainer en route la nuit tombe vite maintenant. Les km défilent quant tout à coup nous tombons nez à nez avec un des deux KTM boys, le plus grand des deux Pascal, n’est pas avec lui, ils se sont séparés par erreur au détour d’une dune. Ils savent qu’ils sont aussi perdus et tentent de rejoindre Djanet avant la nuit.

Ce sont donc 9 motos qui roulent ensemble maintenant, le jour décroit doucement, nous ne pourrons pas continuer longtemps comme cela, les ¾ des motos n’ont pas d’éclairage ou alors il est très mauvais.

D’un seul coup nous apercevons au loin une petite bâtisse, il s’agit d’un puits que nous n’avons pas vu à la descente, ce sont les mystères de la piste. Nous ferons notre halte nocturne ici, il n’est pas prudent de rouler de nuit.

Nous ramassons quelques morceaux de bois qui trainent ici et là et nous allumons un feu. Nous ne sommes pas fiers, nous allons nous faire copieusement engueuler par Valéry qui doit nous attendre ou nous chercher, sans compter que nous avons grillé chacun 150 km d’essence.

Nous sommes inquiets nous n’avons pas de nouvelles de Pascal.

Nous avons faim, la nuit s’annonce longue et froide, nous n’avons pas de sacs de couchage hormis Suzuki Boy qui le transporte toujours avec lui. Nous l’envions, il sera le seul à passer une nuit confortable bien au chaud.

Pour ma part je vais enfiler sous mon équipement moto mon jogging que j’ai toujours avec moi pour les petits matins frais, cagoule, casque gants et mains dans les poches c’est ainsi que je vais passer ma nuit. D’autres collègues sortent leurs couvertures de survie, cela donne une ambiance étrange à notre bivouac improvisé.

A court de bois nous brulons deux vieilles chambres à air de camion et nous nous rapprochons autant que nous pouvons autour du feu qui crépite de fines particules de caoutchouc brulé.

Au petit matin, nous sommes transis et fatigués et ……..tout noir, mais bien content de voir le jour se lever et avec la lumière du jour nous apercevons au loin quelques habitations et c’est à ce moment là que nos deux Land rover apparaissent, ils ont suivis nos traces et nous ont retrouvé, en fait ils n’étaient pas très loin de nous mais dans la nuit difficile de progresser en terrain inconnu.

L’engueulade est sévère et Valéry nous fait bien comprendre son mécontentement.

Tout à coup nous entendons le bruit d’un moteur et nous apercevons arriver au loin la silhouette si caractéristique de la KTM avec son gros réservoir, ouf nous sommes soulagés, Pascal nous a retrouvé.

Il arrive doucement et d’un seul coup s’arrête à une bonne quarantaine de mètres de nous, et affale sa tête dans ses bras sur son guidon. Je pars en courant vers lui, en arrivant je me rends compte qu’il pleure et il éclate en sanglots.

Maintenant nous sommes tous autour de lui, le réconfortant, il nous dit qu’il a eu très peur tout seul dans le désert la nuit et qu’il a eu très froid. Il vient de vivre une expérience qu’il n’est pas près d’oublier.

Bon ouf, tout le monde est regroupé et en bonne santé, un bon café accompagné d’un bon casse croute et déjà le moral remonte comme la température au fur et à mesure qu’apparaissent les rayons du soleil.

Pendant ce temps là notre infatigable Yves fera la vidange journalière de sa moto et la seule solution pour vider l’huile consiste à retourner la moto comme un vélo. Sacré Yves même pas peur.


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